Agnès Geoffray
Before the eye lid’s laid

Nathalie Desmet
Centre photographique d’Ile de France, Pontault-Combault,
du 8 octobre au 23 décembre 2017
Geoffray_FablesUntold
Agnès Geoffray Fables Untold, détail, 2017.
Photo : permission de l’artiste
Centre photographique d’Ile de France, Pontault-Combault,
du 8 octobre au 23 décembre 2017
L’exposition Before the eye lid’s laid est le fruit d’une collaboration entre l’artiste Agnès Geoffray et le critique d’art Emil Sennewald. Ce titre énigmatique part de l’hypothèse qu’un moment de latence est nécessaire entre la perception d’une image et l’action qui pourrait en découler : « Seul celui qui cesse de regarder peut commencer à agir. » L’idée n’est pas là pour exprimer une rémanence, mais plutôt le temps essentiel à la formation d’un moment suspendu. À partir d’images, de textes et d’archives produits ou trouvés, Agnès Geoffray s’ingénie à fabriquer les télescopages visuels ou narratifs révélateurs de cette tension.

Lorsque les images sont trouvées, elle les fait généralement basculer dans un autre régime de vérité. Les images de la série Incidental Gestures (2011-2012) peuvent alors devenir résistantes, comme la photographie de Laura Nelson pendue, pour qui elle efface la corde la reliant à sa potence. Le geste d’une grande simplicité la transforme alors en une figure d’élévation. À l’inverse de la propagande qui truquait les images à des fins souvent inavouables, l’artiste les retouche à des fins de réparation. Agnès Geoffray prend à rebours l’histoire, la grande comme la petite. Elle confronte les faits, qu’ils soient historiques, intimes ou anecdotiques, sans que l’on sache jamais si ce que l’on voit ressort d’une archive pré-existante ou d’un geste qu’elle a parfaitement orchestré. Dans Métamorphoses (2015-2016), la perception visuelle bute de la même façon sur les anomalies, mais à ceci près qu’elle met en scène les personnages qui s’y trouvent. La petite fille de Métamorphose IV postée à côté d’un tableau noir crée un malaise difficile à circonscrire : une familiarité dans un premier temps, en raison de la banale scène d’école à laquelle elle parait renvoyer, finit par se transformer en étrangeté. Le dessin d’un animal monstrueux sur le tableau dont la multitude de petits traits intrigue, puis le geste déictique de l’enfant qui semble vouloir nous punir. Double inquiétant. L’image devient accusatrice et semble nous reprocher de ne pas avoir bien regardé ou bien d’y avoir cru.

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Cet article parait également dans le numéro 92 - Démocratie
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